C’est seulement dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle de notre ère, après quelques brefs contacts - essentiellement avec des navigateurs espagnols - au XVIème siècle, qu’à leur grand étonnement les Européens «découvrirent» des îles habitées au cœur du vaste Pacifique. non seulement leurs habitants occupaient des îles hautes mais également des atolls affleurant à quelques mètres au-dessus du niveau de l’océan. Comble de surprise pour les visiteurs, ces populations distantes de plusieurs centaines, voire parfois de plusieurs milliers de kilomètres, semblaient avoir tissé des liens réguliers et étroits entre elles. Bref, il y a avait là une culture qui – si l’on n’y connaissait ni l’écriture, ni le métal, ni la roue…- faisait néanmoins montre d’une complexité et d’un art de vivre qui étonna les explorateurs de ce siècle des Lumières. Comment ces hommes, sans les instruments de navigation utilisés alors par les européens, avaient-ils faits pour atteindre ces points minuscules perdus sur le plus vaste océan de la planète ? Mais aussi d’où pouvaient-ils bien venir ? Certaines légendes polynésiennes font état de héros ancestraux qui peuplèrent les îles, mais devant leur imprécision, dès la fin du XVIIIème siècle, plusieurs théories prirent naissance et alimentèrent la réflexion. Se superposant au mythe de la nouvelle Cythère, qui alimente l’image touristique de «Tahiti-paradis», le mystère du peuplement de l’Océanie, et particulièrement de la Polynésie orientale (ensemble incluant les actuelles iles de la Polynésie française) n’est pas pour rien dans la séduction qu’exerce toujours, aujourd’hui, ces îles «  du bout du monde ».

A la recherche de la «Terra incognita Australis» Plusieurs hypothèses ont donc été évoquées, tour à tour ou simultanément. Celle d’un continent englouti, le continent Mû dont les îles polynésiennes seraient les sommets émergés, est la plus fascinante... (voir encadré). Au XIXème siècle on trouve même celle de «la tribu perdue d’Israël», confortée un temps par un mouvement syncrétiste maori. un philologue, Abraham Fornander, a également postulé l’origine… indo-européenne des Polynésiens. L’éventualité d’une origine sud-américaine des Polynésiens a suscité, en 1947, l’organisation d’une expédition par l’anthropologue, archéologue et navigateur norvégien Thor heyerdahl. L’aventure du radeau Kon Tiki, parti à la dérive des côtes péruviennes pour arriver sur un atoll des Tuamotu, Raroia, a été largement médiatisée. Il y a quelques années, un chercheur a été jusqu’à envisager l’Antarctique comme terre originelle de la population polynésienne (voir encadré). Considérées comme dépassées, voire pour certaines farfelues, ces théories n’ont pas été retenues et c’est l’hypothèse d’une origine en provenance de l’Ouest qui a aujourd’hui les faveurs de "l’establishment" scientifique.

It wasn’t up until the second half of the 18th century—after some brief contact made by Spanish navigators with the Pacific Islanders in the 16th century— that European circumnavigators, much to their surprise, “discovered” the islands that lie at the heart of the Pacific ocean. The Pacific islanders lived not only on the moutainous islands, but also on the atolls that lie just a few meters above sea-level. much to their surprise, the European explorers “discovered” that these Polynesian populations were linked to each other and appeared to have regular contact although they were sometimes hundreds or even thousands of kilometers apart. The europeans observed that the Polynesians appeared to have a common culture—one that while it did not have the knowledge of writing, metal or the wheel—, was complex and involved a way of life that surprised and impressed these explorers of the Age of Enlightenment. how was it possible that these peoples had made their way to the most remote islands in the largest ocean on the planet without the modern navigational instruments and tools that the european navigators had used? and where on earth did they come from? ancient Polynesian legends tell the tales of ancestral heroes that populated the Polynesian Islands, however by the end of the 18th century a number of more “scientific” theories about the migration and arrival of the Polynesians were born, fuelling the debate about how, when and who came to these islands first. Superimposing itself on the myth of the “New cythera,” which feeds the imagery of the “Tahitian paradise,” the mystery behind the settlement of the Pacific Islands— and more in particular of oriental Polynesia (the entirety of islands that are known today as French Polynesia)—continues to add to the seduction and fame of these islands “in the middle of nowhere”.

Searching for the “Terra Incognita Australis” Several hypotheses have been put forth in the endeavor to solve the mystery. The most fascinating of them all might be the one which claims that the islands are the mountain-summits of a lost continent called Mû...(see box). In the 19th century there was even a theory of a “lost tribe from Israel,” that was born out of a maori syncretist movement. a philologist by the name of abraham Fornander speculated that the Polynesians were of Indo-european descent. The Norwegian anthropologist, archeologist and navigator Thor heyerdahl claimed that the Polynesians came from South-America. In 1947 Heyerdahl organized the adventure of the raft Kon Tiki, sailing from the coast of Peru to the atoll of raroia in the Tuamotu archipelago in order to prove his hypothesis. The expedition and heyerdahl’s theory were widely mediatized. more recently one researcher even considered whether antarctica could have been the Polynesian peoples’ place of origin (see box). most of these hypotheses have been proven unlikely and have been debunked over time and nowadays the hypothesis that is mostly favored by the scientific community is that of a migration coming primarily from the West.

Un peuple de «nomades des mers» La colonisation des îles du Pacifique oriental par les Polynésiens n’aurait pas été possible sans leur maîtrise de la navigation hauturière. Leur implantation sur ces terres vierges et isolées a nécessité la conception d’embarcations assez vastes et stables pour permettre le déplacement de populations sur de très longues

distances. Les grandes pirogues à double coque – qui pouvaient faire jusqu’à 30 m de longueur - permettaient d’embarquer plusieurs dizaines de personnes, des végétaux, des animaux, de l’eau douce et différents objets nécessaires à la survie en haute mer. La connaissance du ciel et des éléments naturels a permis à ce peuple de nomades des mers de se diriger sans instruments de navigation.

L'îLE DE TAHAA AVEC, EN ARRIèRE PLAN, RAIATEA, LE FOyER LéGENDAIRE DE DIFFUSION DES POLyNéSIENS DANS l'eNSemBle DU "TrIaNgle PolYNéSIeN" / tahaa and, in the background, raiatea island, legendary hub of further migration and diffusion of people throughout the "polynesia triangle"

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