Plus on se rapproche du littoral et moins le phénomène d’absorption est important, amoindri par le faible volume d’eau. Dans ces faibles profondeurs, la couleur rouge est la seule à être absorbée, laissant les eaux proches du littoral d’une couleur perçue comme verte. A l'inverse, plus la profondeur est importante, plus l’absorption s’opère sur les ondes jaunes et vertes qui disparaissent progressivement. La mer apparait à nos yeux comme d'un bleu de plus en plus sombre. La langue tahitienne dispose, d'ailleurs, d'un terme spécifique pour désigner, intelligemment, à la fois cette couleur mais aussi ce type d'étendue d'eau : moana (l’océan, en tahitien) désigne, ainsi, à la fois la couleur "bleu foncé" mais, également, l'endroit où commence la mer profonde avec cette couleur si particulière. Ayant des profondeurs très variables, celles-ci allant de quelques centimètres d'eau à plusieurs dizaines de mètres, les lagons offrent donc toute la palette des couleurs rendues possible par ce jeu de la lumière. L'ensoleillement constant de nos îles sous nos latitudes fait le reste.

Micro-organisme mais grand effet Mais les phénomènes dus à la lumière ne sont naturellement pas les seuls responsables de cette couleur si belle et particulière de nos eaux. Autre facteur

déterminant, la présence en quantité plus ou moins importante de phytoplancton, terme désignant l'ensemble des organismes végétaux microscopique qui demeurent en suspension dans l'eau. Ceux-ci, qui contiennent de la chlorophylle, absorbent plus facilement l’onde lumineuse bleue. Plus ils sont présents et plus l'eau prend une coloration verte. D'une manière générale, les lagons de Polynésie française présentent une faible concentration en phytoplancton. En cela, ils ne diffèrent guère de l'Océan Pacifique qui les entoure et qui les alimente en eau via les passes. Sous nos latitudes, l'Océan Pacifique est "pauvre", d'un certain point de vue, justement en raison de la faible présence de ce fameux phytoplancton. Ce qui fait d'ailleurs dire aux océanographes que "le bleu est la couleur désertique de la mer"... Un étonnant paradoxe d'ailleurs puisque c'est, finalement, ces paysages de "désert océanique" qui sont appréciés par les visiteurs, devenant le symbole même d'un environnement idyllique. "Désert océanique", certes, mais justement ces mêmes océanographes et spécialistes pointent la richesse de la faune et de la flore sous-marines des atolls qui constituent les "oasis de vie" de ce grand désert. Mais pour en revenir à notre microscopique mais néanmoins fort utile phytoplancton, sa présence est plus ou moins importante suivant la configuration des lagons (taille, profondeurs etc...), voire telle ou telle zone de ces mêmes lagons.

LAGON DE L'ATOLL DE FAKARAVA / lAgooN oF FAkArAVA AToll

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NATURE

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